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Textes, nouvelles.....

Lundi 15 novembre 2004

                          

 

Pierrot venu du ciel

Rêveur aux mots de miel

Max venu des enfers

Moqueur au rire amer

 

Paraît que j’suis poète

Qu’j’ai des choses dans ma tête

Peut être un peu trop de choses

Il y pousse même des roses

 

Parfois quand leurs épines

Me dérangent, me taquinent

J’commence à délirer

A planer, m’envoler

 

Je dis des choses bizarres

Tout ce qui sort au hasard

Hé ! dites vous m’écoutez ?

J’veux pas vous embêter

 

Mais je dis n’importe quoi

Et vous savez pourquoi ?

Rien ne peut m’arrêter

Quand j’commence a rêver

 

Mon dieu si vous saviez

Comme c’est beau un rosier

Lorsque la lune pleine

Vient caresser ses veines

 

Fragiles et très coquettes

Dans un coin de ma tête

Elle se laisse bercer

Au grés de mes pensées

 

Que mes roses sont rose

Lorsque mes yeux se posent

Sur un enfant qui court

Plein de vie et d’amour

 

Que mes roses sont noires

Lorsque dans le grand soir

Ils pleurent cherchant leurs pères

Les enfants de la guerre

 

Entre nous franchement

Quoi de mieux qu’un enfant

Pour nous faire oublier

Pour nous faire pardonner

 

Quoi de plus merveilleux

Qu’un petit ange heureux

Qui donne sans compter

Innocence et gaitée           

 

L’innocence si fragile

Et tellement difficile

A garder dans son cœur

Sans méfiance et sans peur

 

L’innocence se perd

Comme une larme dans la mer

Elle se donne au courant

Et meurt au grés du vent

 

Les petits êtres purs

La garde en eux,c’est sur

Ils n’ont dans leurs idées

Que des glaces et des fées

 

Des refrains pleins de joie

Des contes avec des rois

Des oiseaux des jouets

Des rires et des rosiers

 

Des rosiers dans leurs têtes

Mais alors , ça m’embêtes

Suis je encore tout petit ?

Ou bien ai-je grandi ?

 

Est-ce seulement mon corps ?

Et mon esprit alors ?

N’aurait-il pas vieillit ?

Suis je fou dit l’ami ?

 

Suis-je poète par démence ?

Les autres a quoi ils pensent ?

N’ont-il pas de buissons,

Au fond de leurs citron ?

 

Chez eux ça tourne rond 

Deux et deux quatre non ?

Pourquoi j’vous dis tout ça ?

Pourquoi j’vous tend les bras ?

 

Bon, faut que j’aille me cacher

C’est l’heure de mes cachets

Elle me force a les prendre

La dame qu’est toute grande

 

Avec sa blouse blanche

Comme si c’était dimanche

Son regard si amer

Elle se prend pour ma mère

 

Hé ! vous n’m’avez pas vu

Dites que je n’suis pas venu

J’n’ai pas le droit de parler

Comme ça au étrangers

 

                                                JVM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par JV Manno
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Mardi 16 novembre 2004

 

                                                                                                                                             I.       

 

 

Debout dans sa cuisine, Max saupoudrait sa tranche de colin d’échalotes émincées. Il faisait cela machinalement, son esprit était ailleurs.

 

 Fred, son demi-frère, occupait toute la place dans sa tête depuis deux jours, il ne pensait qu’à lui. Pourtant, la haine n’avait jamais manqué un rendez-vous du jour ou il était entré dans sa  vie. Cela faisait des années qu’ils s’ignoraient totalement, depuis que leur mère avait rejoint leurs pères respectifs au pays des âmes. Max était le plus vieux il vivait seul et venait de fêter, sans que cela soit vraiment une fête pour lui, ses quarante-cinq ans.

 

 Son père, était parti voir  le bon dieu la veille de Noël, alors qu’il n’avait que huit ans. C’était dans un grand magasin. Il était tellement charger de cadeaux, que la première marche de l’escalier roulant se dérobât sous son pied. Il fit une chute spectaculaire, ce qui gâchât sûrement le réveillon de beaucoup de clients, lesquels au moment de découper leur chapon farci, devaient avoir en tête, le bras de ce pauvre homme, qui après avoir heurté la vitre séparant les escalators, se déchira de son corps pour voler jusqu’au grand sapin décorant si bien le magasin. Il s’y balançait, on aurait sans avoir vu la scène, supposé que quelqu'un ait fait une blague et accroché à l’arbre de Noël, un faux bras, comme ceux que l’on vend à halloween. Mais les gouttelettes de sang qui glissaient sur sa main, gouttaient comme une pluie rouge sur le toit de paille de la crèche. Le corps de l’homme disloqué près des rois mages, offrait un spectacle plus que réel. «  Comment le bon dieu, peut-il nous donner rendez-vous au ciel, à cette époque de l’année ?  Alors que nous honorons son fils, nous le couvons dans des milliers de crèches, entre des milliers d’ânes et de bœufs. Comment peut-il faire cela à une famille ? » Max avait longtemps songé  à cela.

Il se souvient encore des cris de sa mère, des larmes qu’elle versait des heures durant et qui cessèrent de couler six mois après comme si un robinet intérieur avait tourné dans le bon sens. La main qui fermât la vanne était celle d’Albert, il avait cinq ans de moins qu’elle et avait prit Max sous son aile, il ne se mêlait jamais de son éducation en disant souvent qu’a son âge elle était déjà faite qui ne restait que quelques séances de perfectionnement à la bibliothèque de la ville pour parfaire sa culture endroit ou Max passait ses samedi et dimanche après midi.

Et ce qui devait arriver arriva. A dix ans, son cadeau d’anniversaire fut de découvrir le ventre rond de sa mère. Au début il ne comprenait pas lorsqu’on lui disait : tu vas avoir un demi-frère, il s’imaginait voir arriver à la maison, la moitié d’un bébé dans un couffin. Mais il comprit vite avec les années, que ce frère était bel et bien entier, surtout pour ses parents qui lui donnaient tout l’amour  qu’ils avaient en eux ,oubliant qu’entre sa chambre et la bibliothèque Max essayait en vain d’en ramasser les miettes.

 

Mais une fois de plus le destin frappa à la porte ou du moins les gendarmes, Fred n’avait alors que quatre ans,  ils regardaient tous les deux la télévision, c’était un mercredi après midi, depuis la porte d’entré un cri retentit  Max en bon rat de bibliothèque eut une phrase de Lorca

en tête « Un cri fait vibrer les cordes longues du vent » ,il est vrai que ce fut un éclat de douleur si puissant qu’ il couvrit même le bruit du plat au décor mexicain  que sa mère était en train d’essuyer au moment ou elle ouvrit la porte et qui se brisa entre elle et les brigadiers lorsque ceux-ci lui dire, sans trop de management : « Madame une bien triste nouvelle nous amène, votre mari a eu un malaise cardiaque qui lui a été fatal sur son lieu de travail, si cela peut alléger votre peine, il n’a pas souffert…. »

 Le reste ne fut que brouhaha entre les cris de sa maman et du demi-frère qui pleurait sans trop savoir pourquoi.

 

Puis le temps passât, les week-ends à la bibliothèque se firent rare, bien que de temps à autre il y aille mais par envie et plaisir. Les hivers passaient, les petits bobos, les rhumes, grippes et autres coups de fatigue aux changements de saisons « elle dut en requinquer plus d’un ma mère au quinquina » se disait il parfois en pensant aux copains qui défilaient à la maison et à qui elle trouvait toujours une petite mine.

 

Les années passèrent. Mais  même si elle les aimait autant l’un que l’autre, Max était persuadé que Fred  était le préféré. Il faisait toujours tout pour d’ailleurs. Il la collait et la flattait avec des « tu es la plus belle maman » et des «  je me marierai avec toi quand je serais grand » et les bonnes notes qu’il ramenait du collège puis du lycée. A chaque fêtes des mères ou autres occasions le cadeau de Fred mettait des étoiles dans ses yeux les siens juste une lanterne il grandissait avec une haine certe injustifiée mais bien présente.

 

A vingt-trois ans il laissât cette mini famille, pour voler de ses propres ailes. Il avait trouvé un travail de comptable dans une petite entreprise, qui ne devint jamais grande, mais dans laquelle il travaillait toujours, et un petit deux pièces en centre ville ou il se sentait seul mais bien. Il allait tout de même les voir très souvent, il se souvient encore d’un soir, cela faisait deux ans qu’il vivait seul, ou pour l’anniversaire de sa mère Fred avait acheté une très jolie bouteille de parfum, elle avait la forme d’une feuille de thé, il était toujours étudiant et avait dut dépenser toutes ses économies. Au moment où elle ouvrit le paquet on vit sur son visage ce que voulait dire le mot bonheur, on aurait cru qu’un ange lui avait caressé la joue du bout de son aile. Malgré ses vingt-cinq ans  il sentit monter en lui une bouffée de haine lorsqu’il entendit ces mots : « ho mon chéri que tu est coquin tu t’es souvenu de la bouteille que l’on a vue dans cette boutique le mois dernier, mais tu as du te ruiner »

Ce «  Mon chéri » lui déchirait le cœur, ces mots tout mielleux, pleins d’un amour ultra maternel qu’elle disait à ce « merdeux », ce « demi-machin », qui n’était venu sur terre que pour lui dérober l'affection de sa mère. En plus, ils faisaient les boutiques ensemble, comme deux copines. Son cœur était comme une éponge que l’on aurait laissée sur un radiateur, sec et tordu. Il tenait dans ses mains, la petite boite qui contenait son cadeau, un pendentif d’art primitif en bois précieux entouré d’ivoire. Cela ressemblait un peu a une tranche d’os à moelle mais il y avait mit le prix et même un très bon prix. Lorsqu’il lui donna il ne vit qu’un sourire de joie seulement ça, pas d’ange ni de lumières dans les yeux. Il se mit en tête, bien  au fonds de son esprit, que jamais il ne rivaliserait avec ce rejeton.

 

Il espaçât ses visites et ne les voyait qu’un dimanche sur deux. Ils mangeaient ensemble puis vers seize heures il rentrait chez lui. Jamais ni sa mère ni « l’autre » n’avait été chez lui, il aurait pourtant tellement aimé ça.

 

Après d’aussi brillantes études, que maman ne cessait de faire reluire, pour que tous les voisins soient éblouis, Fred se prenant pour un grand philosophe, devint écrivain.

Ses deux premiers ouvrages traitaient des déchirements amoureux entre les hommes et les femmes « Le tambour sans braguette » et un an plus tard   celui qu le fit mondialement connaître « Seins qui aiment symphonie »avec ses titres ambigus il intéressait les lecteurs avant même qu’ils n’ouvrent le livre. Max bien sûr n’y prêtait même pas attention  de toutes façons pour lui l’amour s’arrêtait au vidéo club du coin.

 

Puis, elle mourut, la Mama. Ce fut un déchirement pour Max, une impression de ne pas l’avoir assez  revu ces derniers temps. Sa douleur et surtout sa haine, atteignirent leur

paroxysme, la douleur d’abord, il avait l’impression d’avoir loupé quelque chose, un train rempli d’amour, des tas de wagons bâchés mais que l’on laisse partir, restant les yeux baissés sur le quai de la gare. Puis, la haine, au moment ou il jeta sa rose dans la tombe, sur le cercueil elles étaient  toutes blanches, on l’aurait cru tapissé d’un nuage, comme  pour le rapproché du paradis, c’est ce qu’il avait pensé en demandent ce genre de fleurs. Il était sur que la sienne était d’un lumineux pour éclairer son chemin. Et là, sur cet amas de pureté, une rose d’un rouge colère, d’un vermillon flamboyant, tel un corail égaré on ne saurait comment sur une neige éternelle. La question ne se posa même pas, la star, l’écrivain, le petit dernier, celui qui avait été conçut alors que lui brûlait ses yeux dans une bibliothèque froide et austère, entouré de vieux pétant et rotant leurs repas du dimanche midi, toussant leurs vieux crachats mal accroché à leurs bronches fripées, jouant à décoller leur dentiers en faisant des bruits de succions,  tout ces livres à l’odeur de moisi, à cette époque on ne laissait pas de place aux enfants dans ce genre d’endroit, il n’y avait pas de salle avec des dessins sur les murs, des BD, des magazines amusants. A cette époque il n’y avait que le mercredi après midi où l’on passait inaperçu si l’on avait moins de seize ans. Les autres jours  on était un extra terrestre qui s’attirait tout les regards ridés dès que sa chaise grinçait. A cette époque où « Ikea » n’existait pas, ils étaient un peu les précurseurs des « OUVERT LE DIMANCHE »

 Malgré ça il avait gardé un amour pour la lecture, mais  le comble de tout cela, était que son demi-frère soit devenu un écrivain très populaire, qui aujourd’hui brisait par le rouge de sa fleur le dernier lien qui les unissait. Même dans la douleur, il était la vedette. Il se démarquait et effaçait une fois de plus son aîné.

 

 

                                                               

                                                                                                                                           II.       

 

Depuis quatre ans, Max voyait Fred quasiment tous les jours. Sur des magazine, en vitrine dans les « bonnes librairies », à la télé, mais plus dans la vrais vie, depuis le cimetière ils ne s’étaient plus donné de nouvelles. Le philosophe avait lentement mais intelligemment pris la pente du romancier commercial. Les ménagères s’arrachaient ses romans, des leurs sortie sur les têtes de gondoles des supermarchés et cornaient soigneusement la dernière page lue avant d’éteindre leur lampe de chevet.

A part ça il n’avait aucune nouvelle de lui. Un dimanche, il avait décidé d’aller jusqu’au patelin à une trentaine de kilomètres de chez lui histoire de voir le grande propriété du prodige. Une fois dans la grande allée face au portail il avait fait demi-tour une boule de haine à l’estomac mais en retournant chez lui des pensées folles lui traversaient l’esprit des « si on avait cherché à mieux se connaître…,s’ il avait été moins..., si j’avais été plus… » puis il se dit que c’était la dernière fois qu’il viendrait par ici que ce rejeton n’avait plus donné de signe de vie et qu’il ne s’en portait pas plus mal ,ni mieux non plus d’ailleurs…

 

Et hier à cinq heures, le « dring » du téléphone l’arrache de son sommeil.

« Téléphoner à cette heure un dimanche, ce ne doit pas être un humain » pense t il.

Sa main lourde agrippe le combiné et le tire lentement vers son oreille.

-Oui ?

-Max, c’est Fred.

Malgré sa  surprise il se dit « c’est bien ce que je pensais ce n’est pas un humain »

-Max …

-Oui…

-Tu dormais ?

-Bien sur que…

-Ecoutes il faut absolument qu’on se voit. Si tu pars de suite tu es chez moi dans quarante minutes, je sais que tu connais le chemin de la maison, dans les villages les choses te viennent aux oreilles très vites et….

-Mais tu ne me donnes pas de nouvelles depuis qua….

-Je t’en pris viens, il faut qu’on parle.

La voix de Fred paraît trembler, il semble être ivre ou en pleine dépression.

-Mais merde, tu dérailles, tu crois que…

-Putain, je te demandes de venir, viens, je t’en pris, viens.

Sa voix ne tremble plus, il sanglote.

-Bon

La curiosité fait vite place à l’inquiétude dans l’esprit de Max. le demi- lien familial entre eux n’est pas vraiment rompu, il s’en rend compte et la boule qu’il a dans l’estomac n’est plus pleine de haine mais d’inquiétude.

-Max, Max…j’ai vraiment besoins de te voir, de parler de…

-Fred ?

Il a raccroché.

 

Quatre ans sans nouvelles et d’un coup comme un ballon qui éclate au visage d’un enfant chez Mac Do et qui fait sursauter la moitié de la salle, tout revient d’un coup.

Il essaye de rappeler. Au bout de dix sonneries il raccroche, malgré toutes les amertumes qu’il a accumulé en lui, il se lave, s’habille mais ne se presse pas, il prend  même le temps de déjeuner puis va chercher  sa voiture et file vers la campagne, comme s’il avait décidée de se mettre au vert pour la journée. Mais il n’y a pas de pique-nique préparé sur sa banquette arrière. Il se souvient que pendant deux ans Fred lui avait envoyer quelques cartes, à son anniversaire, au nouvel an et que derrière l’enveloppe, il inscrivait soigneusement son adresse, espérant sûrement une réponse. C’est comme ça d’ailleurs qu’il savait où il habitait. Mais la jalousie et la haine, ferment parfois des portes, coupent des route, comme un gros chêne frappé par la foudre, qui laisserait tomber sa plus grosse branche sur la chaussée.

Tout à coup il sent que sa voiture vibre, ne tient plus la route. Il s’arrête sur le bas coté, le jour se lève à peine, mais assez, pour voir que la roue arrière gauche est à plat.

Lui, qui ne savait même pas changer une chambre à air sur un vélo, qui n’a jamais mis les mains sur sa voiture, sauf sur le volant et les portières. Au moindre pépin il la dépose toujours au garage. Mais là, à sept heures  quinze, en pleine campagne, il va bien falloir se débrouiller. Il se met à l’ouvrage et pendant qu’il se bat contre ces énormes boulons crasseux il pense que les quarante minutes que Fred espérait avant qu’il ne soit chez lui étaient largement dépassées. Il sourit, se disant qu’au bout de quatre ans ils n’étaient plus a une ou deux heures prêts, mais l’angoisse lui re chatouille l’estomac « il avait vraiment l’air très mal… »

Il fini tant bien que mal son premier essai de mécano et se dit que ce n’est pas si compliqué que ça, puis les mains un peu noires  il reprend son chemin.

Il n’a plus vu de maisons depuis au moins un kilomètre et on les apercevait à peine de la route. C’était des espèces de fausses fermettes, sans animaux, disposées en quinconce, mais assez espacées les unes des autres, l’effet d’ailleurs, se voyait de la route qui les surplombait et était assez loin, les gens qui y habitaient ne devaient pas ressentir c’est espèce d’emprisonnement  que donnait la vue par rapport à la maison qui se trouvait entourée des quatre autres. Mais de loin c’était un peu gênant séparé d’un grand pré, cinq autres maisons toujours disposées de la même manière puis plus rien.

 

Au bout de vingt minutes, il arrive enfin devant le lourd portail, qui aujourd’hui est grand ouvert. La dernière fois qu’il était venu, il n’avait pas vu le nom de la maison, sur une plaque de marbre, vissée au mur de gauche, était gravé un gros livre, cela faisait presque penser à une pierre tombale et comme une vapeur qui s’échappait cet ouvrage, vers le haut de la plaque, était écrit « QUINTECENCE » il se dit qu’il ne pouvait y avoir qu’un écrivain, pour avoir une idée pareille et que le ridicule ne tue que ceux que ça dérange. La propriété est assez isolée.

Au bout d’une allée de graviers, qui crépitent sous ses pneus, lui donnant l’impression de rouler sur un tapis de plastique plein de bulles, qui sert à protéger les objets fragiles, il se gare devant la maison. Elle est trop grande pour un seul homme, murmure t-il sans s’en apercevoir. Il frappe. Pas de réponse. La porte est entrouverte, il entre, au fond une pièce l’attire, malgré que le jour soit levé la lumière y est encore éclairé. C’est une très grande salle à manger, trop vide, tout ici d’ailleurs paraissait vide, sans vie, comme si jamais personne n’y venait. C’était propre mais pas impeccable,  c’était une maison d’homme seul, grande, belle, mais sans âme sans traces de passages, de fêtes, de joies. C’était comme chez lui mais en grand.

Sur une immense table, est posé une sorte de carte postale, il s’en approche, elle ne peut être que pour lui, il le sent, d’ailleurs il n’y a que ça dans cette pièce la table quatre chaises et cette carte sur lequel il est inscrit « La liberté se vole » il la retourne et lit :

                                 

                                   Max,

 

Si tu es venu après mon appel, je t’en remercie, tu seras donc le seul ou du moins le premier à lire ce mot. De toutes manières, il est pour toi.

Il y a si longtemps que l’on ne s’est pas parlé, j’aurais tellement aimé te dire tant de choses, des choses que se disent des frères. Même petit on ne parlaient pas, devant la télé le mercredi, on riaient, mais chacun son rire, sa raison et pas de partage.

Les mots sur mes livres, tout ces mots, j’avais parfois l’impression de les écrire  pour toi, même si leurs sens, n’avaient rien a voir avec notre histoire. Tu étais la seule personne à qui j’aurais aimé dire tant de choses.

Je sais, que tu as toujours mis devant moi le mot « demi » mais dans mon cœur, tu as toujours été entier.

Je sais aussi, que tu as toujours pris mes faits et gestes comme des affronts. Ton regard, devant la rose rouge, m’a tout fait comprendre et je n’ai jamais osé te dire, que cette fleur la, elle était pour toi, pour que tu voies justement, que dans la pâleur de ta vie il y avait encore quelqu’un, mais une fois de plus, j’ai été maladroit ou toi, trop plein de haine. A tu déjà pensé que jamais même tout petit nous nous étions donnés la main, même pas à l’enterrement de mon père. Nous n’étions même pas l’un près de l’autre, pourtant j’aurais aimé que tu sers ma main, toi mon grand frère.

Tu ne peux pas t’imaginer non plus, à quel point maman t’aimait. Lorsque tu es partit de la maison, elle te prenait toujours pour exemple et c’est un peu grâce à toi que je suis devenu écrivain, car elle me disait que petit, tu allais toujours à la bibliothèque. Alors faute de se parler tu me lirais sûrement. Je suis sûr, que tu n’as jamais tenu un de mes livres dans tes mains et que la seule chose que tu es lu de moi, ce soit cette carte.

Voila tout est dit, je crois, viens dans le jardin et tu me trouveras, je suis sur que tu auras des tas de choses à me dire, dis les ou que je sois, je t’entendrai

                                             Tu a été ma plus grande histoire, mon frère, mon exemple.

                                                                                     Frédéric.

 

 

Essuyant du revers de sa manche une des nombreuses larmes qu’il allait verser, Max réalise d’un coup les derniers mots qu’il vient de lire il distingue derrière la baie vitrée le jardin, s’y précipite, il ne met pas longtemps pour découvrir Fred assis sur une vielle balancelle il l’appelle et se dit que ça ne sert à plus rien au moment ou il voit les trois boîtes de somnifères et la bouteille de scotch près de lui et comme pour être sur de ne pas rater, son départ, ses poignets sont tailladés, le sang n’y coule même plus. 

 

Il s’approche et le prend dans ses bras, il n’avait jamais vu qu’il était si frêle et léger, il va vers le fond du jardin et s’assoit par terre pose la tête de son frère sur ses genoux et lui caresse la joue, la mouille de ses larmes qu’il ne retient plus, refuse de sentir la froideur de cette peau et parle, parle tellement que la journée se passe il sent la raideur s’emparer du corps mais lui dit encore toutes ses choses qu’il a gardé et qu’il ne savait même pas avoir en lui.

Vers dix-neuf heures il s’aperçoit enfin que la journée est passée, et se décide à lâcher le corps, se lève en le posant tendrement sur l’herbe, puis se dirige vers la maison et trouve le téléphone.

En approchant l’émetteur de ses lèvres il se dit que les derniers souffles de vie de Fred étaient sûrement la dedans il ne peut s’empêcher d’y approcher son nez et prendre une forte respiration mais comme tout les combiné de téléphone, ça empeste.

Il appelle la police et dit simplement, après avoir donné l’adresse de la maison « mon petit frère est mort ».

 

Et ce soir dans sa cuisine devant sa tranche de colin, il pense à toutes les questions, que lui ont posé les policiers, à toutes celles auxquelles il devra sûrement répondre, lors des prochaines convocations. Mais il pense surtout, que maintenant il disait en parlant de Fred « mon petit frère »  et qu’aujourd’hui  il avait tant d’amour à offrir mais plus personne pour le recevoir.

 

Il essuie une larme et se dit « ce sont les échalotes » puis repense au dernier quart d’heure passé près de son frère, avant que n’arrive la police. Il s’était rassit sur l’herbe, prit sa main froide et  avait laissé son regard apprécié pour eux deux, les derniers rayons du soleil se couchant dans le champ voisin.

 

Tout cela se mit à ressembler soudain dans le crépuscule imminent, à une immense carte postale. 

 

                                                                                            JVM

Par JV Manno
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Jeudi 13 janvier 2005

Des souris et des clones

 

 

Je rentrai à pas de loup dans l’obscurité de notre chambre. Toi, bien sur tu étais là, mais immobile, figée. Ton beau visage glacé sur du papier du même nom, dans un cadre noir bordé d’or, sur la pauvre commode dont les tiroirs vomissaient slips et chaussettes depuis ton départ.

La souris aussi était là. Ses yeux ronds semblaient ne pas me voir, un bout de quelques larcins culinaires dont elle avait du profiter durant mon absence était prisonnier de ses petites pattes, elle en grignotait une partie de temps à autre mais semblait repue.

Derrière les carreaux de mes lunettes, mes yeux étaient déchirés par de fins zigzags rouges. Une larme toujours en équilibre dans un coin de chacun d’eux, prête à se suicider. « Ha ! Le grand saut vers cette moquette, qui absorberait mon âme et au fil des heures, ne laissant qu’une fine pellicule poudreuse de sel, qu’un vorace aspirateur goberait un jour ». Devait - elle penser.

Pauvre larme, elle avait l’air plus triste que moi.

Derrière d’autres carreaux moins propres, ceux de la fenêtre, la rue était moite, silencieuse, les oiseaux ne chantaient plus, la tombée du jour avait dû en écraser plus d’un et l’espoir d’entendre le hululement d’une chouette dans cette grande ville où les arbres sont tagués sur les murs, semblait aussi mince que celui que j’avais en ton retour, mais l’un des deux me faisait vivre. Un coup de tonnerre éclata sans éclair prémonitoire, sec, fracassant. Ma locataire sursauta, jeta son reste de repas et comme dans un Tex Avery, fit fumer la moquette sous ses petites pattes avant de disparaître.

Mon cœur lui, oublia son chagrin et gonfla au point de me donner une petite douleur sous la gorge puis d’un coup se relâcha, pour jouer un rythme endiablé, que je réussis difficilement à calmer.

Sur la table basse, je me souviens avoir vu un caillou ou plutôt un galet. Il était d’un gris très foncé, un gris qui on le sentait, aurait aimé être noir, comme le blanc qui chante le blues ou le gospel. Ma main s’est posée sur lui…

 

FLASH.

 

 

- Il existe deux types de manipulation…

Les mots semblent venir de loin. Mais lorsque je me retourne, je trouve devant moi une table dans une grande pièce inconnue. Je ne suis plus dans ma chambre et cela me paraît presque banal, sur cette table, un drôle de spectacle. Un petit homme d’une cinquantaine de centimètres, se trouve à genoux devant un autre de même taille. Ils semblent être identiques, parfaitement proportionnés, à première vue, on pourrait croire à deux petites marionnettes, des maquettes d’humain à échelle réduite. Leur taille ne me choque pas plus que ça.

Celui qui est debout, sans me regarder, reprend la phrase de son clone.

-Il existe deux types de manipulation, bras en l’air, bras en bas….

Il mime ses mots, un couteau par mains. A chaque descente de ses bras, les petites lames se plantent sur l’os qui se trouve au-dessus des épaules de l’autre. Il frappe juste assez fort pour que l’on puisse entendre un son semblable à celui que fait une fléchette qui se plante dans une poutre en bois bien sèche. Le geste est bien dosé, lorsque les bras remontent, les lames semblent sortir facilement, la victime me regarde, un sourire figé sur le visage, sans aucune expression de douleur.

Quelque chose dans ce nouveau décor me choque, me dérange. Le sang qui coule des blessures jusqu’aux mains n’est pas rouge, mais d’un jaune orangé, comme le lait que l’on peut voir couler de la tige coupée sur certaines plantes …

Clac, clac, les petits coups sont précis, rythmés comme sur une horloge ; chaque seconde est marquée par la pointe du métal dans l’os.

Je dois stopper ça.

Les ayant à portée de bras, j’attrape le pointeur par le col de sa veste, la surprise lui fait lâcher les couteaux, je le jette violemment vers le mur et au moment ou il le touche, il s’y enfonce et disparaît comme de l’eau sur une éponge.

L’autre se lève et se met à hurler. Ses cris perçants me déchirent les tympans, je porte mes mains aux oreilles. Il en profite alors pour me frapper du plat de sa petite main sur le torse, puis voyant que son coup ne produit pas d’effet sur moi, il saute de la table, fuit en direction d’un minuscule trou sombre sur une des plinthes. Le passage est bien dessiné, comme dans les cartoons. Un petit demi-cercle noir, trop petit pour lui d’ailleurs, mais en s’y approchant le mini clone rétrécit, change de forme, et arrivé devant l’orifice, il se retourne vers moi ; dans sa main il tient un bout de fromage …

 

FLASH

 

 

La souris me jette un dernier regard affolé et disparaît dans la noirceur de son logis.

C’est bien elle la locataire de ma mansarde pendant mes absences. Le témoin de mes retours vaseux de bars à oublis puants et embrumés d’histoires tristes, quand le rideau baisse et que le patron paye son coup aux bons piliers, celle qui voit mes larmes, lorsque ta photo passe immanquablement dans l’axe de mon regard.

Je suis bien dans ma chambre, tout y est, d’ailleurs je ne l’ai sûrement jamais quittée. Je lance un œil au miroir, mes traits sont profonds. Mon visage n’est qu’un masque de carnaval ramassé à terre, après que les semelles de centaines de danseurs de samba l’ont piétiné.

Je baisse les yeux, quelque chose les stoppe net dans leur travelling, tel un objectif ; ils « zooment » vers le haut de mon tee-shirt. A gauche là, où l’on met un œillet sur le revers de sa veste, dans les chics soirées, l’empreinte d’une petite main jaune orangé ; à première vue on pourrait croire à une broche « touche pas à mon pote ». Mais c’est bien la trace qu’a laissée la main du petit homme, avec son sang d’agrume …

Je prends une lampe dans un tiroir, cours vers le trou de souris. Je tombe sur une demi-rondelle de rosette de Lyon séchée posée contre le mur. Ce doit être le reste d’une de mes soirées ou, tellement imbibé de substances illicites et d’autres potions bien autorisées, mais tout aussi dangereuses, mon assiette craignant les rayures d’une fourchette mal tenue par mes doigts tremblants, pensant que la moquette se ferait douce, plongea au sol.

Plus de souris, plus de passage ni petits hommes, ni…

Sur la table basse le galet n’était plus là. A-t-il un jour existé ?

Je me dirige vers l’interrupteur, je vais éteindre et me mettre au lit, ça vaut mieux. Mais au moment où je touche le bouton pour noircir l’ampoule il bouge, très légèrement, mais assez pour que je le sente. A sa place se trouve la petite tête d’un des clones, incrustée dans la tapisserie, à la place du va et vient, sa petite langue joue à l’interrupteur, puis la bouche s’ouvre, immense, puante, sombre, elle éjecte le début d’une phrase en hurlant :

-Il jura mais….

 

FLASH.

 

Je suis dans un cylindre de verre ou de plastique, je ne peux bouger aucun membre, ma poitrine a même du mal à se soulever. J’ai l’impression d’être du sable dans une bouteille, celui que l’on colore et qui, de couche en couche bien serrée, forme un dessin dans un petit flacon, que l’on pose à la fin des vacances sur une étagère. Mais moi je suis posé au sol, debout et bien incapable de faire quoique ce soit. Dans l’air la phrase résonne encore :

-Il jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus …

Mais qu’est ce que j’ai bien pu boire, ingurgité, touché, pour délirer de la sorte ? Le galet aurait-il pu avoir sur moi comme le LSD sur lequel travaillait Hofmann, un effet explosif sur mon cerveau fatigué, passant par les pores de ma peau au moment du contact ?

Mais non ce n’est pas possible il n’y a pas d’hallucinations dans ce que je vis à cet instant, je suis incapable de bouger et réellement prisonnier de ce flacon géant …

Et les images insolites persistent. Vers moi avance une corde, qui se finit à chacune de ses extrémités par des mains. Elle marche sur celles-ci comme si elle faisait le poirier. Puis, stoppe net devant moi, se remet debout si l’on peut dire. Les deux paluches sont énormes, elles font basculer ma prison de verre, tout vibre en moi lorsque le sol violemment vient à ma rencontre. Pourtant, aucune douleur ne me parvient. J’ai l’impression qu’un dentiste, avec sa fameuse piqûre, a joué de l’aiguille sur plusieurs parties de mon corps.

J’ai la sensation de baver des pieds. Comme lorsque après s’être fait arracher une dent, la lèvre molle laisse échapper un filet de salive, alors que l’on demande une baguette à la boulangère.

La corde « manuelle » ouvre une immense porte et me fait rouler. Une fois à l’extérieur, elle me dépose sur une route déserte, assez large pour que je puisse y tenir de toute la longueur de mon tube, puis me donne un coup d’elle-même pour me donner de l’élan. D’une main, et me fait un doigt d’honneur. Je commence une interminable roulade sur cette route, ne croise par malheur personne, par bonheur ni voitures ni camions. Des panneaux indicateurs défilent, l’un d’eux me fait sourire « FRANCFORT SUR MAIN » j’ai envie de vomir comme sur un tourniquet qui ne s’arrête pas.

Face à moi un autre cylindre, le même que le mien, avec moi dedans. Le choc s’annonce terrible mais nous nous touchons à peine, le verre se brise sans bruit et disparaît de suite, comme de la glace sur une braise. Je n’ai pas de mal à me relever, moi non plus.

Je me gratte la tête d’un air interrogatif, moi aussi. Affolé je tente un hurlement mais je me dis de me taire en me mettant la main sur la bouche. Je tire sur l’une de mes oreilles qui se détache de moi comme le bouchon d’une bouée, je disparais.

Où-suis allé ? Qui est parti ? Quel moi m’a quitté ?

-HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Un cri sort enfin de ma bouche puis comprenant trop tard, pourquoi "le moi" disparu m’a fait taire, avant de se dégonfler. Je vois de toutes parts des milliers de souris chevauchant des milliers de petits bonshommes, elles se tiennent à des poignets qui dépassent des épaules des clones, des espèces de guidons, à mieux regarder ce ne sont pas des poignets mais des couteaux.

Aucune fuite n’est possible il en vient de partout.

Je regarde la route. A mes pieds un large sourire pas très franc, un peu comme celui d’un politicien, commercial, prometteur, aguicheur…

Je me dis de ne m’étonner de rien au point où j’en suis et lui rends un semblant de sourire, puis les lèvres remuent.

- Tu n’as pas l’air bien en forme, me dit la bouche puis elle me tire la langue sur laquelle est posé un petit livre « Pratiques de massage des pieds et des mains » la bouche se ferme rapidement, comme si elle ne voulait pas que je prenne le bouquin puis elle me dit d’un ton langoureux :

- Viens.

Les souris et les clones approchent à grands « petits pas », je me laisse tomber sur le bitume, les lèvres me gobent, une forte odeur d’haleine chargée du matin me prend les narines. La luette énorme qui balance à l’entrée de la gorge me tape violemment sur la nuque…

 

FLASH.

 

 

J’ouvre les yeux.

Autour de moi du blanc. Je suis sur un lit, j’y suis bien. C’est douillet, ça sent les draps propres. Tout est immaculé. Les contours et reliefs de la pièce restent indescriptibles. Devant moi un calendrier, il flotte, se balance lentement, je tente de l’attraper mais bien sûr, ne nous étonnons plus de rien, mes bras sont attachés. Une date est entourée « 12 décembre 2004 ».

-Ca doit être celle d’aujourd’hui. Me dis-je incertain.

-Ou peut-être celle où les cylindres de verre se reformeront, pour ré-emprisonner d’autres dingues comme toi.

La voix vient de nulle part, elle est aussi blanche que la pièce. Comme l’émail d’un bidet dans une maison neuve ? Je n’ose plus dire un mot, ne sachant à qui parler. J’attends.

-Ta ration est prête, mais dans les cuillères le bleu est rigide, le fromage danse…

Les mots flottent dans la pièce.

La phrase semble rester en suspend, comme si elle allait finir et enfin avoir un sens.

Un courant d’air froid passe près de mon visage, tellement froid que mon corps entier frissonne. Au même moment un léger bruit se produit, un sifflement comme quand on déchire le vent avec une fine branche encore verte. Il accompagne le souffle, effleure ma joue, tous les deux font vibrer mon oreille et disparaissent.

-Qui est-la ? Y a t il quelqu’un ? Hé…

Rien ; mes mots restent sans réponse. La pièce semble s’emplir d’un épais brouillard c’est de plus en plus blanc, comme les fumigènes des "danse fluor", sans l’odeur. Je ne distingue même plus mon corps. Mes mains ont été détachées, comment ? Ne me le demandez pas, faites comme moi, ne demandez plus rien, rester prêts à tout voir, tout entendre, à accepter l’absurde de l’instant. Je peux enfin me lever, descendre de ce lit, mes gestes sont lents, lourds, je suis au ralenti, j’ai l’impression que lorsque mes pieds touchent enfin le sol, il est mou.

Enfin un trou dans la brume, l’air arrive sur moi frais mais agréable. Tout autour s’éclaircit, le blanc cotonneux laisse la place à un joli ciel bleu, un ciel d’été.

Je souris, baisse mon regard prêt à faire un premier pas vers la vie. Retourner chez moi, jeter ta photo, les vieux souvenirs, mettre au feu mon existence de pauvre bonhomme largué qui boit pour oublier et oublie que tu l’as quitté parce qu’il buvait. Et faire en sorte que cette histoire farfelue, peut importe comment elle m’est arrivée, reste cachée dans une petite malle, bien fermée dans un coin très sombre de ma tête.

Mais bien sûr, au moment où mes yeux cherchent le sol, je découvre avec stupeur que je suis sur un très petit nuage qui ne cesse de rétrécir. Sous lui, très loin et très petits, des chemins, des maisons, des champs qui ne tardent pas à grossir car mon vaporeux plancher est devenu goutte de pluie qui elle-même devient larme lorsque dans ma chute elle heurte ma joue. Etant plus lourd qu’elle, je suis tombé plus vite. Les maisons se rapprochent et bien sûr celle vers laquelle je tombe est la mienne ; le toit s’approche à une vitesse affolante...

 

FLASH.

 

Je m’éveille près de mon lit. Ma joue trempe dans un vomis refroidi mais toujours bien odorant.

En levant la tête j’attrape la couette et m’essuie le visage je suis vaseux mais entier.

- Quel cauchemar ! Me dis-je.

Au même moment je pense à ces films énervants où le héros, à la fin d’une histoire délirante se réveille et dit comme je viens de le faire : « Quel cauchemar !» avant que le mot ‘fin’ se dessine sur l’écran. Comme lui, je suis heureux que l’histoire se termine dans ma chambre. Même si la tête dans le vomi me rappelle les nombreux soirs ou ma quête de l’oubli me mène à d’inévitables soûleries, pleines de remords, de larmes et de chutes sur la moquette moelleuse de ma chambre, lorsque ce n’est pas le lino du salon ou pire la cuvette des chiottes qui, au matin, soutient mon corps froid et courbaturé. Mais avec elle au moins je m’éveille la joue propre, bien que parfois la pointe de mes cheveux en sorte quelque peu poisseuse.

Mais le spectateur au cinéma, en payant sa place cherche un peu d’évasion. Ne resterait-il pas sur sa faim, agacé par un dénouement si banal ? Je me retrouve un peu comme lui, j’aimerais au moins savoir pourquoi ce voyage effrayant a commencé ? Ai-je été drogué à mon insu ? Un mage, sorcier ou esprit malin m’aurait-il envoûté ? Un extraterrestre a-t-il pris possession de mon enveloppe charnelle ? Tant de questions. Comment l’histoire aurait-elle pu finir ? La voix dans la chambre blanche, à qui était-elle ? ….

Tout en y pensant, je pose mon regard sur la commode. Dans le cadre bordé d’or, une photo. On y voit les deux mini clones, à ce moment là, l’idée d’avoir fait un cauchemar s’évanouit. Je ne sais pas encore comment, mais il est évident que quelqu’un est entré chez moi, a changé la photo, je n’aurais jamais eu l’idée de déposer ces deux monstres à ta place dans ce cadre. Ils posent côte à côte, tiennent dans leurs mains droites respectives une petite hache. Dans l’autre ils ont chacun une sorte de bout de viande assez long et bien saignant. Ils abordent un beau sourire comme deux enfants en vacances, posant avec un poisson trop gros après une partie de pêche. Je tente de me lever en vain, mes jambes se finissent à la hauteur des genoux, peut-être un peu plus bas. Comme dans le cylindre, je ne ressens rien mais les morceaux de chair dégoulinante, ainsi le sang rouge et épais sont bien là, de longs bouts d’os pointus bien sauvagement taillé sortent ci et là de mon jean déchiqueté à certains endroits ça a commencé à coaguler. Bien sûr le hurlement que je pousse en me débattant sort sans aucun son, seul un souffle puissant va s’écraser au plafond.

Près du mur la souris est encore là. Il me semble qu’elle y a toujours été. Elle regarde sur ma droite, je tourne la tête dans cette direction. Tu es là, étendue au sol, un petit trou sur ta tempe d’où une seule goutte de sang s’est échappée. Tu regardes vers moi, regard fixe, froid, sans vie.

Je suis pétrifié ; dans ma main une arme à feu, petit calibre ; suffisant vu le résultat.

J’attends le « FLASH », il devrait y en avoir un. Depuis le début, quand ça va trop loin, il y a cette lumière aveuglante. Elle semble m’envoyer vers un autre monde. Aussi terrible que puissent être les futurs événements, je suis prêt à tout voir, tout endurer, je veux seulement quitter cette chambre et la vision de ton corps raide, ton regard fixe et accusateur et mes jambes, mon dieu mes jambes…..

Le cauchemar est toujours sur rails. Les questions se bousculent, elles ont entamé un gigantesque pogo dans ma tête, elles se jettent les unes sur les autres, tapent de leurs fronts les parois de mon esprit qui vacille. Je n’en peux plus d’attendre, la folie me grignote. Ma main porte l’arme dans ma bouche, le canon frappe deux fois mon palais, comme sur un plafond pour que se taisent les bruyants voisins du haut. Mon index tremble sur la gachette, une larme coule en chatouillant le bord de mon nez, j’éternue….

 

FLASH.

 

Je quitte mon corps. Il est au sol près du tien comme un costume trop vieux, saignant maintenant de la tête aux tibias. Ton âme partie plus tôt, doit déjà avoir passé quelques paliers ; il me tarde de la rejoindre.

Je flotte encore un instant, observe pour une dernière fois ma chambre. La souris reste seule. Près d’elle un livre, de Sagan est ouvert, la couverture est rongée par endroits.

Ma petite locataire semble plongée dans ce roman puis elle lève la tête vers le plafond, comme si elle sentait ma présence. Son museau remue.

- « C’était une histoire simple, il n’y avait pas de quoi faire des grimaces », dit-elle.

 

FIN

JVM.

Par JV Manno
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