Des souris et des clones
Je rentrai à pas de loup dans l’obscurité de notre chambre. Toi, bien sur tu étais là, mais immobile, figée. Ton beau visage glacé sur du papier du même nom, dans un cadre noir bordé d’or, sur la pauvre commode dont les tiroirs vomissaient slips et chaussettes depuis ton départ.
La souris aussi était là. Ses yeux ronds semblaient ne pas me voir, un bout de quelques larcins culinaires dont elle avait du profiter durant mon absence était prisonnier de ses petites pattes, elle en grignotait une partie de temps à autre mais semblait repue.
Derrière les carreaux de mes lunettes, mes yeux étaient déchirés par de fins zigzags rouges. Une larme toujours en équilibre dans un coin de chacun d’eux, prête à se suicider. « Ha ! Le grand saut vers cette moquette, qui absorberait mon âme et au fil des heures, ne laissant qu’une fine pellicule poudreuse de sel, qu’un vorace aspirateur goberait un jour ». Devait - elle penser.
Pauvre larme, elle avait l’air plus triste que moi.
Derrière d’autres carreaux moins propres, ceux de la fenêtre, la rue était moite, silencieuse, les oiseaux ne chantaient plus, la tombée du jour avait dû en écraser plus d’un et l’espoir d’entendre le hululement d’une chouette dans cette grande ville où les arbres sont tagués sur les murs, semblait aussi mince que celui que j’avais en ton retour, mais l’un des deux me faisait vivre. Un coup de tonnerre éclata sans éclair prémonitoire, sec, fracassant. Ma locataire sursauta, jeta son reste de repas et comme dans un Tex Avery, fit fumer la moquette sous ses petites pattes avant de disparaître.
Mon cœur lui, oublia son chagrin et gonfla au point de me donner une petite douleur sous la gorge puis d’un coup se relâcha, pour jouer un rythme endiablé, que je réussis difficilement à calmer.
Sur la table basse, je me souviens avoir vu un caillou ou plutôt un galet. Il était d’un gris très foncé, un gris qui on le sentait, aurait aimé être noir, comme le blanc qui chante le blues ou le gospel. Ma main s’est posée sur lui…
FLASH.
- Il existe deux types de manipulation…
Les mots semblent venir de loin. Mais lorsque je me retourne, je trouve devant moi une table dans une grande pièce inconnue. Je ne suis plus dans ma chambre et cela me paraît presque banal, sur cette table, un drôle de spectacle. Un petit homme d’une cinquantaine de centimètres, se trouve à genoux devant un autre de même taille. Ils semblent être identiques, parfaitement proportionnés, à première vue, on pourrait croire à deux petites marionnettes, des maquettes d’humain à échelle réduite. Leur taille ne me choque pas plus que ça.
Celui qui est debout, sans me regarder, reprend la phrase de son clone.
-Il existe deux types de manipulation, bras en l’air, bras en bas….
Il mime ses mots, un couteau par mains. A chaque descente de ses bras, les petites lames se plantent sur l’os qui se trouve au-dessus des épaules de l’autre. Il frappe juste assez fort pour que l’on puisse entendre un son semblable à celui que fait une fléchette qui se plante dans une poutre en bois bien sèche. Le geste est bien dosé, lorsque les bras remontent, les lames semblent sortir facilement, la victime me regarde, un sourire figé sur le visage, sans aucune expression de douleur.
Quelque chose dans ce nouveau décor me choque, me dérange. Le sang qui coule des blessures jusqu’aux mains n’est pas rouge, mais d’un jaune orangé, comme le lait que l’on peut voir couler de la tige coupée sur certaines plantes …
Clac, clac, les petits coups sont précis, rythmés comme sur une horloge ; chaque seconde est marquée par la pointe du métal dans l’os.
Je dois stopper ça.
Les ayant à portée de bras, j’attrape le pointeur par le col de sa veste, la surprise lui fait lâcher les couteaux, je le jette violemment vers le mur et au moment ou il le touche, il s’y enfonce et disparaît comme de l’eau sur une éponge.
L’autre se lève et se met à hurler. Ses cris perçants me déchirent les tympans, je porte mes mains aux oreilles. Il en profite alors pour me frapper du plat de sa petite main sur le torse, puis voyant que son coup ne produit pas d’effet sur moi, il saute de la table, fuit en direction d’un minuscule trou sombre sur une des plinthes. Le passage est bien dessiné, comme dans les cartoons. Un petit demi-cercle noir, trop petit pour lui d’ailleurs, mais en s’y approchant le mini clone rétrécit, change de forme, et arrivé devant l’orifice, il se retourne vers moi ; dans sa main il tient un bout de fromage …
FLASH
La souris me jette un dernier regard affolé et disparaît dans la noirceur de son logis.
C’est bien elle la locataire de ma mansarde pendant mes absences. Le témoin de mes retours vaseux de bars à oublis puants et embrumés d’histoires tristes, quand le rideau baisse et que le patron paye son coup aux bons piliers, celle qui voit mes larmes, lorsque ta photo passe immanquablement dans l’axe de mon regard.
Je suis bien dans ma chambre, tout y est, d’ailleurs je ne l’ai sûrement jamais quittée. Je lance un œil au miroir, mes traits sont profonds. Mon visage n’est qu’un masque de carnaval ramassé à terre, après que les semelles de centaines de danseurs de samba l’ont piétiné.
Je baisse les yeux, quelque chose les stoppe net dans leur travelling, tel un objectif ; ils « zooment » vers le haut de mon tee-shirt. A gauche là, où l’on met un œillet sur le revers de sa veste, dans les chics soirées, l’empreinte d’une petite main jaune orangé ; à première vue on pourrait croire à une broche « touche pas à mon pote ». Mais c’est bien la trace qu’a laissée la main du petit homme, avec son sang d’agrume …
Je prends une lampe dans un tiroir, cours vers le trou de souris. Je tombe sur une demi-rondelle de rosette de Lyon séchée posée contre le mur. Ce doit être le reste d’une de mes soirées ou, tellement imbibé de substances illicites et d’autres potions bien autorisées, mais tout aussi dangereuses, mon assiette craignant les rayures d’une fourchette mal tenue par mes doigts tremblants, pensant que la moquette se ferait douce, plongea au sol.
Plus de souris, plus de passage ni petits hommes, ni…
Sur la table basse le galet n’était plus là. A-t-il un jour existé ?
Je me dirige vers l’interrupteur, je vais éteindre et me mettre au lit, ça vaut mieux. Mais au moment où je touche le bouton pour noircir l’ampoule il bouge, très légèrement, mais assez pour que je le sente. A sa place se trouve la petite tête d’un des clones, incrustée dans la tapisserie, à la place du va et vient, sa petite langue joue à l’interrupteur, puis la bouche s’ouvre, immense, puante, sombre, elle éjecte le début d’une phrase en hurlant :
-Il jura mais….
FLASH.
Je suis dans un cylindre de verre ou de plastique, je ne peux bouger aucun membre, ma poitrine a même du mal à se soulever. J’ai l’impression d’être du sable dans une bouteille, celui que l’on colore et qui, de couche en couche bien serrée, forme un dessin dans un petit flacon, que l’on pose à la fin des vacances sur une étagère. Mais moi je suis posé au sol, debout et bien incapable de faire quoique ce soit. Dans l’air la phrase résonne encore :
-Il jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus …
Mais qu’est ce que j’ai bien pu boire, ingurgité, touché, pour délirer de la sorte ? Le galet aurait-il pu avoir sur moi comme le LSD sur lequel travaillait Hofmann, un effet explosif sur mon cerveau fatigué, passant par les pores de ma peau au moment du contact ?
Mais non ce n’est pas possible il n’y a pas d’hallucinations dans ce que je vis à cet instant, je suis incapable de bouger et réellement prisonnier de ce flacon géant …
Et les images insolites persistent. Vers moi avance une corde, qui se finit à chacune de ses extrémités par des mains. Elle marche sur celles-ci comme si elle faisait le poirier. Puis, stoppe net devant moi, se remet debout si l’on peut dire. Les deux paluches sont énormes, elles font basculer ma prison de verre, tout vibre en moi lorsque le sol violemment vient à ma rencontre. Pourtant, aucune douleur ne me parvient. J’ai l’impression qu’un dentiste, avec sa fameuse piqûre, a joué de l’aiguille sur plusieurs parties de mon corps.
J’ai la sensation de baver des pieds. Comme lorsque après s’être fait arracher une dent, la lèvre molle laisse échapper un filet de salive, alors que l’on demande une baguette à la boulangère.
La corde « manuelle » ouvre une immense porte et me fait rouler. Une fois à l’extérieur, elle me dépose sur une route déserte, assez large pour que je puisse y tenir de toute la longueur de mon tube, puis me donne un coup d’elle-même pour me donner de l’élan. D’une main, et me fait un doigt d’honneur. Je commence une interminable roulade sur cette route, ne croise par malheur personne, par bonheur ni voitures ni camions. Des panneaux indicateurs défilent, l’un d’eux me fait sourire « FRANCFORT SUR MAIN » j’ai envie de vomir comme sur un tourniquet qui ne s’arrête pas.
Face à moi un autre cylindre, le même que le mien, avec moi dedans. Le choc s’annonce terrible mais nous nous touchons à peine, le verre se brise sans bruit et disparaît de suite, comme de la glace sur une braise. Je n’ai pas de mal à me relever, moi non plus.
Je me gratte la tête d’un air interrogatif, moi aussi. Affolé je tente un hurlement mais je me dis de me taire en me mettant la main sur la bouche. Je tire sur l’une de mes oreilles qui se détache de moi comme le bouchon d’une bouée, je disparais.
Où-suis allé ? Qui est parti ? Quel moi m’a quitté ?
-HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA
Un cri sort enfin de ma bouche puis comprenant trop tard, pourquoi "le moi" disparu m’a fait taire, avant de se dégonfler. Je vois de toutes parts des milliers de souris chevauchant des milliers de petits bonshommes, elles se tiennent à des poignets qui dépassent des épaules des clones, des espèces de guidons, à mieux regarder ce ne sont pas des poignets mais des couteaux.
Aucune fuite n’est possible il en vient de partout.
Je regarde la route. A mes pieds un large sourire pas très franc, un peu comme celui d’un politicien, commercial, prometteur, aguicheur…
Je me dis de ne m’étonner de rien au point où j’en suis et lui rends un semblant de sourire, puis les lèvres remuent.
- Tu n’as pas l’air bien en forme, me dit la bouche puis elle me tire la langue sur laquelle est posé un petit livre « Pratiques de massage des pieds et des mains » la bouche se ferme rapidement, comme si elle ne voulait pas que je prenne le bouquin puis elle me dit d’un ton langoureux :
- Viens.
Les souris et les clones approchent à grands « petits pas », je me laisse tomber sur le bitume, les lèvres me gobent, une forte odeur d’haleine chargée du matin me prend les narines. La luette énorme qui balance à l’entrée de la gorge me tape violemment sur la nuque…
FLASH.
J’ouvre les yeux.
Autour de moi du blanc. Je suis sur un lit, j’y suis bien. C’est douillet, ça sent les draps propres. Tout est immaculé. Les contours et reliefs de la pièce restent indescriptibles. Devant moi un calendrier, il flotte, se balance lentement, je tente de l’attraper mais bien sûr, ne nous étonnons plus de rien, mes bras sont attachés. Une date est entourée « 12 décembre 2004 ».
-Ca doit être celle d’aujourd’hui. Me dis-je incertain.
-Ou peut-être celle où les cylindres de verre se reformeront, pour ré-emprisonner d’autres dingues comme toi.
La voix vient de nulle part, elle est aussi blanche que la pièce. Comme l’émail d’un bidet dans une maison neuve ? Je n’ose plus dire un mot, ne sachant à qui parler. J’attends.
-Ta ration est prête, mais dans les cuillères le bleu est rigide, le fromage danse…
Les mots flottent dans la pièce.
La phrase semble rester en suspend, comme si elle allait finir et enfin avoir un sens.
Un courant d’air froid passe près de mon visage, tellement froid que mon corps entier frissonne. Au même moment un léger bruit se produit, un sifflement comme quand on déchire le vent avec une fine branche encore verte. Il accompagne le souffle, effleure ma joue, tous les deux font vibrer mon oreille et disparaissent.
-Qui est-la ? Y a t il quelqu’un ? Hé…
Rien ; mes mots restent sans réponse. La pièce semble s’emplir d’un épais brouillard c’est de plus en plus blanc, comme les fumigènes des "danse fluor", sans l’odeur. Je ne distingue même plus mon corps. Mes mains ont été détachées, comment ? Ne me le demandez pas, faites comme moi, ne demandez plus rien, rester prêts à tout voir, tout entendre, à accepter l’absurde de l’instant. Je peux enfin me lever, descendre de ce lit, mes gestes sont lents, lourds, je suis au ralenti, j’ai l’impression que lorsque mes pieds touchent enfin le sol, il est mou.
Enfin un trou dans la brume, l’air arrive sur moi frais mais agréable. Tout autour s’éclaircit, le blanc cotonneux laisse la place à un joli ciel bleu, un ciel d’été.
Je souris, baisse mon regard prêt à faire un premier pas vers la vie. Retourner chez moi, jeter ta photo, les vieux souvenirs, mettre au feu mon existence de pauvre bonhomme largué qui boit pour oublier et oublie que tu l’as quitté parce qu’il buvait. Et faire en sorte que cette histoire farfelue, peut importe comment elle m’est arrivée, reste cachée dans une petite malle, bien fermée dans un coin très sombre de ma tête.
Mais bien sûr, au moment où mes yeux cherchent le sol, je découvre avec stupeur que je suis sur un très petit nuage qui ne cesse de rétrécir. Sous lui, très loin et très petits, des chemins, des maisons, des champs qui ne tardent pas à grossir car mon vaporeux plancher est devenu goutte de pluie qui elle-même devient larme lorsque dans ma chute elle heurte ma joue. Etant plus lourd qu’elle, je suis tombé plus vite. Les maisons se rapprochent et bien sûr celle vers laquelle je tombe est la mienne ; le toit s’approche à une vitesse affolante...
FLASH.
Je m’éveille près de mon lit. Ma joue trempe dans un vomis refroidi mais toujours bien odorant.
En levant la tête j’attrape la couette et m’essuie le visage je suis vaseux mais entier.
- Quel cauchemar ! Me dis-je.
Au même moment je pense à ces films énervants où le héros, à la fin d’une histoire délirante se réveille et dit comme je viens de le faire : « Quel cauchemar !» avant que le mot ‘fin’ se dessine sur l’écran. Comme lui, je suis heureux que l’histoire se termine dans ma chambre. Même si la tête dans le vomi me rappelle les nombreux soirs ou ma quête de l’oubli me mène à d’inévitables soûleries, pleines de remords, de larmes et de chutes sur la moquette moelleuse de ma chambre, lorsque ce n’est pas le lino du salon ou pire la cuvette des chiottes qui, au matin, soutient mon corps froid et courbaturé. Mais avec elle au moins je m’éveille la joue propre, bien que parfois la pointe de mes cheveux en sorte quelque peu poisseuse.
Mais le spectateur au cinéma, en payant sa place cherche un peu d’évasion. Ne resterait-il pas sur sa faim, agacé par un dénouement si banal ? Je me retrouve un peu comme lui, j’aimerais au moins savoir pourquoi ce voyage effrayant a commencé ? Ai-je été drogué à mon insu ? Un mage, sorcier ou esprit malin m’aurait-il envoûté ? Un extraterrestre a-t-il pris possession de mon enveloppe charnelle ? Tant de questions. Comment l’histoire aurait-elle pu finir ? La voix dans la chambre blanche, à qui était-elle ? ….
Tout en y pensant, je pose mon regard sur la commode. Dans le cadre bordé d’or, une photo. On y voit les deux mini clones, à ce moment là, l’idée d’avoir fait un cauchemar s’évanouit. Je ne sais pas encore comment, mais il est évident que quelqu’un est entré chez moi, a changé la photo, je n’aurais jamais eu l’idée de déposer ces deux monstres à ta place dans ce cadre. Ils posent côte à côte, tiennent dans leurs mains droites respectives une petite hache. Dans l’autre ils ont chacun une sorte de bout de viande assez long et bien saignant. Ils abordent un beau sourire comme deux enfants en vacances, posant avec un poisson trop gros après une partie de pêche. Je tente de me lever en vain, mes jambes se finissent à la hauteur des genoux, peut-être un peu plus bas. Comme dans le cylindre, je ne ressens rien mais les morceaux de chair dégoulinante, ainsi le sang rouge et épais sont bien là, de longs bouts d’os pointus bien sauvagement taillé sortent ci et là de mon jean déchiqueté à certains endroits ça a commencé à coaguler. Bien sûr le hurlement que je pousse en me débattant sort sans aucun son, seul un souffle puissant va s’écraser au plafond.
Près du mur la souris est encore là. Il me semble qu’elle y a toujours été. Elle regarde sur ma droite, je tourne la tête dans cette direction. Tu es là, étendue au sol, un petit trou sur ta tempe d’où une seule goutte de sang s’est échappée. Tu regardes vers moi, regard fixe, froid, sans vie.
Je suis pétrifié ; dans ma main une arme à feu, petit calibre ; suffisant vu le résultat.
J’attends le « FLASH », il devrait y en avoir un. Depuis le début, quand ça va trop loin, il y a cette lumière aveuglante. Elle semble m’envoyer vers un autre monde. Aussi terrible que puissent être les futurs événements, je suis prêt à tout voir, tout endurer, je veux seulement quitter cette chambre et la vision de ton corps raide, ton regard fixe et accusateur et mes jambes, mon dieu mes jambes…..
Le cauchemar est toujours sur rails. Les questions se bousculent, elles ont entamé un gigantesque pogo dans ma tête, elles se jettent les unes sur les autres, tapent de leurs fronts les parois de mon esprit qui vacille. Je n’en peux plus d’attendre, la folie me grignote. Ma main porte l’arme dans ma bouche, le canon frappe deux fois mon palais, comme sur un plafond pour que se taisent les bruyants voisins du haut. Mon index tremble sur la gachette, une larme coule en chatouillant le bord de mon nez, j’éternue….
FLASH.
Je quitte mon corps. Il est au sol près du tien comme un costume trop vieux, saignant maintenant de la tête aux tibias. Ton âme partie plus tôt, doit déjà avoir passé quelques paliers ; il me tarde de la rejoindre.
Je flotte encore un instant, observe pour une dernière fois ma chambre. La souris reste seule. Près d’elle un livre, de Sagan est ouvert, la couverture est rongée par endroits.
Ma petite locataire semble plongée dans ce roman puis elle lève la tête vers le plafond, comme si elle sentait ma présence. Son museau remue.
- « C’était une histoire simple, il n’y avait pas de quoi faire des grimaces », dit-elle.
FIN
JVM.
Je rentrai à pas de loup dans l’obscurité de notre chambre. Toi, bien sur tu étais là, mais immobile, figée. Ton beau visage glacé sur du papier du même nom, dans un cadre noir bordé d’or, sur la pauvre commode dont les tiroirs vomissaient slips et chaussettes depuis ton départ. La souris aussi était là. Ses yeux ronds semblaient ne pas me voir, un bout de quelques larcins culinaires dont elle avait du profiter durant mon absence était prisonnier de ses petites pattes, elle en grignotait une partie de temps à autre mais semblait repue. Derrière les carreaux de mes lunettes, mes yeux étaient déchirés par de fins zigzags rouges. Une larme toujours en équilibre dans un coin de chacun d’eux, prête à se suicider. « Ha ! Le grand saut vers cette moquette, qui absorberait mon âme et au fil des heures, ne laissant qu’une fine pellicule poudreuse de sel, qu’un vorace aspirateur goberait un jour ». Devait - elle penser. Pauvre larme, elle avait l’air plus triste que moi. Derrière d’autres carreaux moins propres, ceux de la fenêtre, la rue était moite, silencieuse, les oiseaux ne chantaient plus, la tombée du jour avait dû en écraser plus d’un et l’espoir d’entendre le hululement d’une chouette dans cette grande ville où les arbres sont tagués sur les murs, semblait aussi mince que celui que j’avais en ton retour, mais l’un des deux me faisait vivre. Un coup de tonnerre éclata sans éclair prémonitoire, sec, fracassant. Ma locataire sursauta, jeta son reste de repas et comme dans un Tex Avery, fit fumer la moquette sous ses petites pattes avant de disparaître. Mon cœur lui, oublia son chagrin et gonfla au point de me donner une petite douleur sous la gorge puis d’un coup se relâcha, pour jouer un rythme endiablé, que je réussis difficilement à calmer. Sur la table basse, je me souviens avoir vu un caillou ou plutôt un galet. Il était d’un gris très foncé, un gris qui on le sentait, aurait aimé être noir, comme le blanc qui chante le blues ou le gospel. Ma main s’est posée sur lui… FLASH. - Il existe deux types de manipulation… Les mots semblent venir de loin. Mais lorsque je me retourne, je trouve devant moi une table dans une grande pièce inconnue. Je ne suis plus dans ma chambre et cela me paraît presque banal, sur cette table, un drôle de spectacle. Un petit homme d’une cinquantaine de centimètres, se trouve à genoux devant un autre de même taille. Ils semblent être identiques, parfaitement proportionnés, à première vue, on pourrait croire à deux petites marionnettes, des maquettes d’humain à échelle réduite. Leur taille ne me choque pas plus que ça. Celui qui est debout, sans me regarder, reprend la phrase de son clone. -Il existe deux types de manipulation, bras en l’air, bras en bas…. Il mime ses mots, un couteau par mains. A chaque descente de ses bras, les petites lames se plantent sur l’os qui se trouve au-dessus des épaules de l’autre. Il frappe juste assez fort pour que l’on puisse entendre un son semblable à celui que fait une fléchette qui se plante dans une poutre en bois bien sèche. Le geste est bien dosé, lorsque les bras remontent, les lames semblent sortir facilement, la victime me regarde, un sourire figé sur le visage, sans aucune expression de douleur. Quelque chose dans ce nouveau décor me choque, me dérange. Le sang qui coule des blessures jusqu’aux mains n’est pas rouge, mais d’un jaune orangé, comme le lait que l’on peut voir couler de la tige coupée sur certaines plantes … Clac, clac, les petits coups sont précis, rythmés comme sur une horloge ; chaque seconde est marquée par la pointe du métal dans l’os. Je dois stopper ça. Les ayant à portée de bras, j’attrape le pointeur par le col de sa veste, la surprise lui fait lâcher les couteaux, je le jette violemment vers le mur et au moment ou il le touche, il s’y enfonce et disparaît comme de l’eau sur une éponge. L’autre se lève et se met à hurler. Ses cris perçants me déchirent les tympans, je porte mes mains aux oreilles. Il en profite alors pour me frapper du plat de sa petite main sur le torse, puis voyant que son coup ne produit pas d’effet sur moi, il saute de la table, fuit en direction d’un minuscule trou sombre sur une des plinthes. Le passage est bien dessiné, comme dans les cartoons. Un petit demi-cercle noir, trop petit pour lui d’ailleurs, mais en s’y approchant le mini clone rétrécit, change de forme, et arrivé devant l’orifice, il se retourne vers moi ; dans sa main il tient un bout de fromage … FLASH La souris me jette un dernier regard affolé et disparaît dans la noirceur de son logis. C’est bien elle la locataire de ma mansarde pendant mes absences. Le témoin de mes retours vaseux de bars à oublis puants et embrumés d’histoires tristes, quand le rideau baisse et que le patron paye son coup aux bons piliers, celle qui voit mes larmes, lorsque ta photo passe immanquablement dans l’axe de mon regard. Je suis bien dans ma chambre, tout y est, d’ailleurs je ne l’ai sûrement jamais quittée. Je lance un œil au miroir, mes traits sont profonds. Mon visage n’est qu’un masque de carnaval ramassé à terre, après que les semelles de centaines de danseurs de samba l’ont piétiné. Je baisse les yeux, quelque chose les stoppe net dans leur travelling, tel un objectif ; ils « zooment » vers le haut de mon tee-shirt. A gauche là, où l’on met un œillet sur le revers de sa veste, dans les chics soirées, l’empreinte d’une petite main jaune orangé ; à première vue on pourrait croire à une broche « touche pas à mon pote ». Mais c’est bien la trace qu’a laissée la main du petit homme, avec son sang d’agrume … Je prends une lampe dans un tiroir, cours vers le trou de souris. Je tombe sur une demi-rondelle de rosette de Lyon séchée posée contre le mur. Ce doit être le reste d’une de mes soirées ou, tellement imbibé de substances illicites et d’autres potions bien autorisées, mais tout aussi dangereuses, mon assiette craignant les rayures d’une fourchette mal tenue par mes doigts tremblants, pensant que la moquette se ferait douce, plongea au sol. Plus de souris, plus de passage ni petits hommes, ni… Sur la table basse le galet n’était plus là. A-t-il un jour existé ? Je me dirige vers l’interrupteur, je vais éteindre et me mettre au lit, ça vaut mieux. Mais au moment où je touche le bouton pour noircir l’ampoule il bouge, très légèrement, mais assez pour que je le sente. A sa place se trouve la petite tête d’un des clones, incrustée dans la tapisserie, à la place du va et vient, sa petite langue joue à l’interrupteur, puis la bouche s’ouvre, immense, puante, sombre, elle éjecte le début d’une phrase en hurlant : -Il jura mais…. FLASH. Je suis dans un cylindre de verre ou de plastique, je ne peux bouger aucun membre, ma poitrine a même du mal à se soulever. J’ai l’impression d’être du sable dans une bouteille, celui que l’on colore et qui, de couche en couche bien serrée, forme un dessin dans un petit flacon, que l’on pose à la fin des vacances sur une étagère. Mais moi je suis posé au sol, debout et bien incapable de faire quoique ce soit. Dans l’air la phrase résonne encore : -Il jura mais un peu tard qu’on ne l’y prendrait plus … Mais qu’est ce que j’ai bien pu boire, ingurgité, touché, pour délirer de la sorte ? Le galet aurait-il pu avoir sur moi comme le LSD sur lequel travaillait Hofmann, un effet explosif sur mon cerveau fatigué, passant par les pores de ma peau au moment du contact ? Mais non ce n’est pas possible il n’y a pas d’hallucinations dans ce que je vis à cet instant, je suis incapable de bouger et réellement prisonnier de ce flacon géant … Et les images insolites persistent. Vers moi avance une corde, qui se finit à chacune de ses extrémités par des mains. Elle marche sur celles-ci comme si elle faisait le poirier. Puis, stoppe net devant moi, se remet debout si l’on peut dire. Les deux paluches sont énormes, elles font basculer ma prison de verre, tout vibre en moi lorsque le sol violemment vient à ma rencontre. Pourtant, aucune douleur ne me parvient. J’ai l’impression qu’un dentiste, avec sa fameuse piqûre, a joué de l’aiguille sur plusieurs parties de mon corps. J’ai la sensation de baver des pieds. Comme lorsque après s’être fait arracher une dent, la lèvre molle laisse échapper un filet de salive, alors que l’on demande une baguette à la boulangère. La corde « manuelle » ouvre une immense porte et me fait rouler. Une fois à l’extérieur, elle me dépose sur une route déserte, assez large pour que je puisse y tenir de toute la longueur de mon tube, puis me donne un coup d’elle-même pour me donner de l’élan. D’une main, et me fait un doigt d’honneur. Je commence une interminable roulade sur cette route, ne croise par malheur personne, par bonheur ni voitures ni camions. Des panneaux indicateurs défilent, l’un d’eux me fait sourire « FRANCFORT SUR MAIN » j’ai envie de vomir comme sur un tourniquet qui ne s’arrête pas. Face à moi un autre cylindre, le même que le mien, avec moi dedans. Le choc s’annonce terrible mais nous nous touchons à peine, le verre se brise sans bruit et disparaît de suite, comme de la glace sur une braise. Je n’ai pas de mal à me relever, moi non plus. Je me gratte la tête d’un air interrogatif, moi aussi. Affolé je tente un hurlement mais je me dis de me taire en me mettant la main sur la bouche. Je tire sur l’une de mes oreilles qui se détache de moi comme le bouchon d’une bouée, je disparais. Où-suis allé ? Qui est parti ? Quel moi m’a quitté ? -HAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA Un cri sort enfin de ma bouche puis comprenant trop tard, pourquoi "le moi" disparu m’a fait taire, avant de se dégonfler. Je vois de toutes parts des milliers de souris chevauchant des milliers de petits bonshommes, elles se tiennent à des poignets qui dépassent des épaules des clones, des espèces de guidons, à mieux regarder ce ne sont pas des poignets mais des couteaux. Aucune fuite n’est possible il en vient de partout. Je regarde la route. A mes pieds un large sourire pas très franc, un peu comme celui d’un politicien, commercial, prometteur, aguicheur… Je me dis de ne m’étonner de rien au point où j’en suis et lui rends un semblant de sourire, puis les lèvres remuent. - Tu n’as pas l’air bien en forme, me dit la bouche puis elle me tire la langue sur laquelle est posé un petit livre « Pratiques de massage des pieds et des mains » la bouche se ferme rapidement, comme si elle ne voulait pas que je prenne le bouquin puis elle me dit d’un ton langoureux : - Viens. Les souris et les clones approchent à grands « petits pas », je me laisse tomber sur le bitume, les lèvres me gobent, une forte odeur d’haleine chargée du matin me prend les narines. La luette énorme qui balance à l’entrée de la gorge me tape violemment sur la nuque… FLASH. J’ouvre les yeux. Autour de moi du blanc. Je suis sur un lit, j’y suis bien. C’est douillet, ça sent les draps propres. Tout est immaculé. Les contours et reliefs de la pièce restent indescriptibles. Devant moi un calendrier, il flotte, se balance lentement, je tente de l’attraper mais bien sûr, ne nous étonnons plus de rien, mes bras sont attachés. Une date est entourée « 12 décembre 2004 ». -Ca doit être celle d’aujourd’hui. Me dis-je incertain. -Ou peut-être celle où les cylindres de verre se reformeront, pour ré-emprisonner d’autres dingues comme toi. La voix vient de nulle part, elle est aussi blanche que la pièce. Comme l’émail d’un bidet dans une maison neuve ? Je n’ose plus dire un mot, ne sachant à qui parler. J’attends. -Ta ration est prête, mais dans les cuillères le bleu est rigide, le fromage danse… Les mots flottent dans la pièce. La phrase semble rester en suspend, comme si elle allait finir et enfin avoir un sens. Un courant d’air froid passe près de mon visage, tellement froid que mon corps entier frissonne. Au même moment un léger bruit se produit, un sifflement comme quand on déchire le vent avec une fine branche encore verte. Il accompagne le souffle, effleure ma joue, tous les deux font vibrer mon oreille et disparaissent. -Qui est-la ? Y a t il quelqu’un ? Hé… Rien ; mes mots restent sans réponse. La pièce semble s’emplir d’un épais brouillard c’est de plus en plus blanc, comme les fumigènes des "danse fluor", sans l’odeur. Je ne distingue même plus mon corps. Mes mains ont été détachées, comment ? Ne me le demandez pas, faites comme moi, ne demandez plus rien, rester prêts à tout voir, tout entendre, à accepter l’absurde de l’instant. Je peux enfin me lever, descendre de ce lit, mes gestes sont lents, lourds, je suis au ralenti, j’ai l’impression que lorsque mes pieds touchent enfin le sol, il est mou. Enfin un trou dans la brume, l’air arrive sur moi frais mais agréable. Tout autour s’éclaircit, le blanc cotonneux laisse la place à un joli ciel bleu, un ciel d’été. Je souris, baisse mon regard prêt à faire un premier pas vers la vie. Retourner chez moi, jeter ta photo, les vieux souvenirs, mettre au feu mon existence de pauvre bonhomme largué qui boit pour oublier et oublie que tu l’as quitté parce qu’il buvait. Et faire en sorte que cette histoire farfelue, peut importe comment elle m’est arrivée, reste cachée dans une petite malle, bien fermée dans un coin très sombre de ma tête. Mais bien sûr, au moment où mes yeux cherchent le sol, je découvre avec stupeur que je suis sur un très petit nuage qui ne cesse de rétrécir. Sous lui, très loin et très petits, des chemins, des maisons, des champs qui ne tardent pas à grossir car mon vaporeux plancher est devenu goutte de pluie qui elle-même devient larme lorsque dans ma chute elle heurte ma joue. Etant plus lourd qu’elle, je suis tombé plus vite. Les maisons se rapprochent et bien sûr celle vers laquelle je tombe est la mienne ; le toit s’approche à une vitesse affolante... FLASH. Je m’éveille près de mon lit. Ma joue trempe dans un vomis refroidi mais toujours bien odorant. En levant la tête j’attrape la couette et m’essuie le visage je suis vaseux mais entier. - Quel cauchemar ! Me dis-je. Au même moment je pense à ces films énervants où le héros, à la fin d’une histoire délirante se réveille et dit comme je viens de le faire : « Quel cauchemar !» avant que le mot ‘fin’ se dessine sur l’écran. Comme lui, je suis heureux que l’histoire se termine dans ma chambre. Même si la tête dans le vomi me rappelle les nombreux soirs ou ma quête de l’oubli me mène à d’inévitables soûleries, pleines de remords, de larmes et de chutes sur la moquette moelleuse de ma chambre, lorsque ce n’est pas le lino du salon ou pire la cuvette des chiottes qui, au matin, soutient mon corps froid et courbaturé. Mais avec elle au moins je m’éveille la joue propre, bien que parfois la pointe de mes cheveux en sorte quelque peu poisseuse. Mais le spectateur au cinéma, en payant sa place cherche un peu d’évasion. Ne resterait-il pas sur sa faim, agacé par un dénouement si banal ? Je me retrouve un peu comme lui, j’aimerais au moins savoir pourquoi ce voyage effrayant a commencé ? Ai-je été drogué à mon insu ? Un mage, sorcier ou esprit malin m’aurait-il envoûté ? Un extraterrestre a-t-il pris possession de mon enveloppe charnelle ? Tant de questions. Comment l’histoire aurait-elle pu finir ? La voix dans la chambre blanche, à qui était-elle ? …. Tout en y pensant, je pose mon regard sur la commode. Dans le cadre bordé d’or, une photo. On y voit les deux mini clones, à ce moment là, l’idée d’avoir fait un cauchemar s’évanouit. Je ne sais pas encore comment, mais il est évident que quelqu’un est entré chez moi, a changé la photo, je n’aurais jamais eu l’idée de déposer ces deux monstres à ta place dans ce cadre. Ils posent côte à côte, tiennent dans leurs mains droites respectives une petite hache. Dans l’autre ils ont chacun une sorte de bout de viande assez long et bien saignant. Ils abordent un beau sourire comme deux enfants en vacances, posant avec un poisson trop gros après une partie de pêche. Je tente de me lever en vain, mes jambes se finissent à la hauteur des genoux, peut-être un peu plus bas. Comme dans le cylindre, je ne ressens rien mais les morceaux de chair dégoulinante, ainsi le sang rouge et épais sont bien là, de longs bouts d’os pointus bien sauvagement taillé sortent ci et là de mon jean déchiqueté à certains endroits ça a commencé à coaguler. Bien sûr le hurlement que je pousse en me débattant sort sans aucun son, seul un souffle puissant va s’écraser au plafond. Près du mur la souris est encore là. Il me semble qu’elle y a toujours été. Elle regarde sur ma droite, je tourne la tête dans cette direction. Tu es là, étendue au sol, un petit trou sur ta tempe d’où une seule goutte de sang s’est échappée. Tu regardes vers moi, regard fixe, froid, sans vie. Je suis pétrifié ; dans ma main une arme à feu, petit calibre ; suffisant vu le résultat. J’attends le « FLASH », il devrait y en avoir un. Depuis le début, quand ça va trop loin, il y a cette lumière aveuglante. Elle semble m’envoyer vers un autre monde. Aussi terrible que puissent être les futurs événements, je suis prêt à tout voir, tout endurer, je veux seulement quitter cette chambre et la vision de ton corps raide, ton regard fixe et accusateur et mes jambes, mon dieu mes jambes….. Le cauchemar est toujours sur rails. Les questions se bousculent, elles ont entamé un gigantesque pogo dans ma tête, elles se jettent les unes sur les autres, tapent de leurs fronts les parois de mon esprit qui vacille. Je n’en peux plus d’attendre, la folie me grignote. Ma main porte l’arme dans ma bouche, le canon frappe deux fois mon palais, comme sur un plafond pour que se taisent les bruyants voisins du haut. Mon index tremble sur la gachette, une larme coule en chatouillant le bord de mon nez, j’éternue…. FLASH. Je quitte mon corps. Il est au sol près du tien comme un costume trop vieux, saignant maintenant de la tête aux tibias. Ton âme partie plus tôt, doit déjà avoir passé quelques paliers ; il me tarde de la rejoindre. Je flotte encore un instant, observe pour une dernière fois ma chambre. La souris reste seule. Près d’elle un livre, de Sagan est ouvert, la couverture est rongée par endroits. Ma petite locataire semble plongée dans ce roman puis elle lève la tête vers le plafond, comme si elle sentait ma présence. Son museau remue. - « C’était une histoire simple, il n’y avait pas de quoi faire des grimaces », dit-elle. FIN
JVM.
La cinquieme saison
